
Esclavage et exploitation autour de la production d'éthanol au Brésil
Dans l'Etat du Mata Grosso do Sul, au Sud-ouest du Brésil, 13 000 indigènes, pour la plupart Guarani, travaillent dans les plantations de canne à sucre et dans les usines de transformation d'éthanol. Accidents du travail, salaires impayés, dortoirs insalubres, mauvaise alimentation : pour les autorités-mêmes (inspections du Ministère du travail et de l'emploi), ces conditions de travail sont proches de l'esclavage et constituent des violations persistantes des droits des travailleurs.
Les Guarani paient ainsi un tribut extrêmement lourd à l'industrie de l'éthanol, agrocarburant très rentable au Brésil pour les firmes qui le produisent. Mais la réglementation du travail qui a été mise en place au Brésil, pourtant minimale et mal appliquée, pousse les entreprises à franchir une nouvelle étape : mécaniser la production pour se débarrasser de la main d'oeuvre, et accroître encore les bénéfices de cette industrie.
Le groupe français Louis Dreyfus est le deuxième plus gros producteur d'agroéthanol et de sucre du Brésil. Il a acheté en 2007 des usines dans le Mato Grosso do Sul et décidé d'installer un nouveau complexe sucre-éthanol, inauguré en août 2008. La multinationale française prévoit que toutes les activités de récolte de la canne seront entièrement automatisées. Au total, ce sont 10 à 12 000 emplois qui seront supprimés (Louis Dreyfus est le premier employeur du Mata Grosso do Sul).
Après les avoir exploités dans des conditions intolérables, Louis Dreyfus prévoit donc d'abandonner brutalement les Guarani à leur sort. Des campagnes d'organisations brésiliennes et internationales lui demandent d'indemniser les travailleurs et de mettre en place des programmes de formation et de reconversion. Louis Dreyfus ne peut ignorer les conséquences économiques et sociales qu'aura la mécanisation à outrance sur les populations Guarani.